La séance d’aujourd’hui fait suite à un travail sur l’identification des émotions. L’attention va se porter sur nos ressentis corporels.
Mr C est formel, « c’est toujours dans la tête! ». Ce à quoi Mme D répond que la colère chez elle envahit tout son corps. Peu à peu j’observe le groupe porter une attention plus fine à son ressenti corporel, à l’évocation de telle ou telle émotion.
Mme F a beau regarder les cartes, aucune ne fait écho chez elle. Le groupe réagit avec bienveillance et douceur en évoquant telle ou telle peur qu’elle partage souvent dans le groupe. Nous prenons alors le temps de parler des peurs qui peuvent tous nous traverser et de ce qu’on en fait. Mme D dit qu’il suffit de ne pas y penser et ça passe! Pour Mr C, qui cite Alain, « On a assez remarqué que la peur est plus grande de loin, et diminue quand on approche. » Il ajoute « Je crois au contraire qu’il faut la ressentir, moi ça me permet de redescendre plus vite! ». Nous mesurons combien l’exercice n’est pas évident pour tous, cela met en lumière une forme de déconnexion ou de protection face à des affects jugés trop envahissants. Dans la continuité de cet atelier, il apparaît combien le passage par le corps constitue une porte d’entrée essentielle vers la reconnaissance des émotions. Mr C évoque la chair de poule qu’il ressent quand il est dans la joie, Mme M la boule dans le ventre lorsqu’elle est contrariée, Mme H imagine du coton dans la tête quand elle se sent en sécurité, Mme F nomme la joie qu’elle ressent à être dans ce groupe et qu’elle ressent vivement dans son coeur.
En projetant ainsi leurs émotions à l’extérieur d’eux-mêmes, les participants peuvent peu à peu s’en approcher, les apprivoiser, sans être submergés. Le ressenti corporel vient offrir un ancrage plus concret, plus immédiat. Ce détour par la création soutient également un processus de réappropriation progressive du vécu émotionnel. L’utilisation de la couleur et de la silhouette permet alors une médiation précieuse : elle autorise une expression indirecte, symbolique, moins confrontante.
Par ailleurs, la dimension groupale joue ici un rôle fondamental. Le groupe devient un espace contenant, où les émotions peuvent circuler, se transformer et parfois même s’alléger.
Cet atelier met en évidence l’importance d’accompagner les résidents dans une meilleure connaissance et reconnaissance de leur vie émotionnelle, en passant par des médiations sensibles et accessibles. Apprendre à identifier, localiser et accueillir ses émotions, qu’elles soient agréables ou douloureuses, constitue une étape essentielle vers un mieux-être psychique.
Enfin, ce travail autour des émotions ne se limite pas à leur apaisement : il permet également de redonner une place aux éprouvés positifs, souvent plus discrets ou moins investis. En les identifiant et en les savourant pleinement, les résidents peuvent renforcer leurs ressources internes et leur capacité à éprouver du plaisir dans le lien à eux-mêmes et aux autres.
